[ DOSSIER ] Témoignage : J’ai perdu mon Bébé par une fausse couche

Suite à un article au sujet des décès de Bébé in-utéro, je vous propose de lire un témoignage très poignant. Ce témoignage est celui d’une jeune Maman, qui a perdu son premier Bébé lors de son premier trimestre. Elle et son homme ont du se battre seuls, sans entourage, et contre l’équipe médicale, pour se remettre de cette épreuve. Elle témoignage aujourd’hui, à cœur ouvert, et de façon anonyme.

J’ai toujours voulu être mère. Plus encore, j’ai toujours été convaincue que je serais une « jeune » mère. Et je ne m’étais pas trompée puisqu’à 24 ans je suis l’heureuse maman d’un petit garçon qui va fêter sa première année ! J’ai aussi toujours pensé que j’aurais deux enfants, trois si l’envie m’en prenait mais deux c’était une certitude. Je ne m’étais pas vraiment trompée non plus, mais la vie m’a donné raison d’une bien triste façon. Car si dans l’esprit de tous mon fils est mon premier enfant, en réalité c’est le second bébé que mon corps ait abrité.

Un peu plus d’un an avant la naissance de notre fils, j’ai découvert que j’étais enceinte. Énorme surprise pour moi comme pour mon homme car ce n’était pas vraiment au programme ! Mais après réflexion nous avons pris la décision de garder ce petit bout de nous, parce que l’on s’aimait et qu’on l’aimait déjà. Dans notre engouement nous avions prévenus nos familles et certains de nos amis très proches.
Mais un mois après avoir appris ma grossesse et à une semaine de la première échographie j’ai commencé à avoir des petites pertes semblables à un tout début de règles. Si légères que je ne m’en suis pas inquiétée. Comme avec mon homme nous planifions d’aller faire un tour à la maternité pour nous renseigner sur les modalités d’inscription, nous nous étions dit qu’on verrait bien là bas pour en parler et c’est ce que l’on a fait. On m’a rassurée que c’étaient des choses qui arrivaient mais qu’un petit tour par les urgences gynécologiques si on en avait le temps pour s’assurer que tout allait bien était quand même préférable.
J’étais dans une bulle d’innocence, pour moi tout allait bien. Je ne m’attendais pas à ce que l’interne en gynéco semble si peu sûr de lui face à l’échographie qu’il me faisait, encore moins à ce qu’il appelle sa chef pour confirmer son idée. Il avait difficilement retrouvé l’embryon à l’échographie et il n’y avait pas de cœur qui battait alors que j’étais théoriquement à 2 mois de grossesse et que l’activité cardiaque débute aux alentours de la 3e semaine. Je suis ressortie des urgences avec un arrêt d’un semaine et l’ordre de décaler mon échographie qui était normalement 3 jours plus tard pour avoir suffisamment de recule pour valider la théorie que je n’osais pas encore mentionner.
Tous les jours je voyais que je perdais toujours du sang et tous les jours je me persuadais que tout allait bien. Et une semaine plus tard le verdict est tombé : nous n’aurions pas ce bébé car la grossesse était arrêtée depuis au moins la troisième semaine. Mais ce n’est pas grave madame, au moins vous savez que ça fonctionne entre vous c’est déjà une bonne nouvelle pour plus tard. J’ai accusé le coup et je n’ai rien pu dire, je n’ai pas su pleurer. On m’a proposé deux options pour la suite : les cachets vu le stade peu avancé de grossesse ou l’intervention chirurgicale. J’ai opté pour l’intervention, je suis repartie avec les cachets de CYTOTEC. Ne vous inquiétez pas ça fonctionne très bien comme ça et ça évite une intervention plus lourde et difficile à vivre.

Je voulais que tout aille au plus vite. J’ai toujours eu confiance dans mon corps et il m’avait lâchée. Ça faisait un mois et demi que mon bébé auquel je commençais à rêver était mort à l’intérieur de moi et seulement une semaine que mon corps se manifestait. Il n’avait pas su permettre à l’embryon de se développer. Je voulais juste que tout aille au plus vite, mais on m’a convaincue que l’intervention serait trop compliquée et trop difficile, douloureuse même. Alors j’ai pris les cachets, le même traitement que pour un IVG, et quelques mots d’encouragements parce qu’après tout moi je faisais une fausse couche et il fallait bien me consoler un peu. Vous êtes encore jeune en plus, vous aurez bien le temps de retenter l’aventure !
J’ai vécu le pire week-end de toute ma vie. A la souffrance psychologique s’est ajoutée la souffrance des contractions violentes provoquées par le CYTOTEC. Et puis j’ai commencé à perdre du sang, beaucoup de sang, énormément de sang, une mare de sang et si seulement il n’y avait eu que du sang. Je sentais tout, je voyais tout. Je changeais de serviette toutes les heures. J’ai pleuré debout dans ma douche avec les cuisses couvertes de sang qui ne s’arrêtait pas de couler, les yeux posés sur des choses que je ne souhaite à personne de voir gisant à mes pieds et sans savoir comment réagir ni quoi en faire. Je me suis réveillée au sol en pleine nuit dans le couloir entre ma chambre et les toilettes car j’étais tombée à cause d’un malaise car je perdais trop de sang.
J’ai purement et simplement fait une hémorragie mais je n’en savais rien car on m’avait à peine expliqué à quel moment s’inquiéter. « C’est comme des grosses règles mademoiselle, mais si vous saignez trop aller aux urgences tout de suite« , oui soit sauf que j’ai toujours eu des règles extrêmement abondantes, moi, alors comment savoir à quel moment on dépasse la limite du normal ? Je ne pouvais pas le savoir, on me l’a juste expliqué lorsque je suis allée faire le premier contrôle. Et finalement tout s’est atténué au troisième jour.
J’ai cru que j’en avais terminé avec ma fausse couche quand les saignements ont diminué. Mais au contrôle à l’hôpital on m’a dit qu’il restait encore des débris dans mon utérus. J’ai refait deux fois le même traitement au CYTOTEC, ça a duré au total 10 longs jours. Mais c’est rapide mademoiselle, ça marche très bien ne vous inquiétez pas c’est plus facile qu’une aspiration. J’ai subi une micro intervention aux urgences car même après cela tous les débris n’étaient pas évacués et obstruaient mon col. Un moment humiliant et traumatisant durant lequel la chef de service faisait passer une pince dans mon vagin pour atteindre mon col et où l’interne à côté de moi tentait de me rassurer en m’assurant que « Ne vous inquiétez pas, ça va aller. C’est quand même moins traumatisant qu’une aspiration ».
Je n’ai pas pu me retenir de lui dire « Vous en êtes certain ? » et expliquer dans le détail toutes les abominations que j’ai pu voir en 10 jours et j’ai conclu « Vous pouvez me certifier que c’est moins traumatisant tout ça que de s’endormir et se réveiller en sachant que c’est terminé ? », le pauvre était blême et ne savait plus où se mettre. J’étais en colère mais pas contre lui. C’était la phrase pseudo-rassurante de trop. Mais elle est où la consolation ? En plus de la douleur de perdre le bébé que j’attendais je devais subir tout ce processus abominable alors que je m’y étais opposée à la base. Je ne souhaite à personne de vivre ça que ce soit pour une fausse couche ou un IVG. Plus tard, suite à mon accouchement j’ai pu faire l’expérience de l’aspiration suite à une rétention placentaire et je peux l’affirmer : l’aspiration, si elle est faite dans le respect, c’est un cadeau.

J’ai eu de la chance car durant tout le processus j’ai été arrêtée, il parait que c’est un luxe auquel peu de femmes ont le droit. J’ai passé 20 jours en arrêt au total, dont plus de 15 jours à ne voir personne d’autre que ma famille proche avec qui je vivais et mon amoureux qui a été très présent et formidable. J’étais effondrée, j’avais mal physiquement et moralement, j’étais épuisée et je n’avais pas le cœur de voir qui que ce soit. J’ai reçu énormément de messages et petites lettres de ma famille ou mes quelques amis proches qui étaient au courant pour ma grossesse et ça m’a fait beaucoup de bien de sentir ce soutien.
En revanche d’autres personnes ont totalement renié le mal qui nous étreignait mon homme et moi. Lorsque je suis sortie pour la première fois pour un repas d’anniversaire, j’avais demandé à mon chéri de prévenir les personnes invitées que je ne voulais pas que qui que ce soit me parle de ce qu’il venait de m’arriver. Evidemment avec un coup dans le nez certains se sont permis de m’en parler et j’ai juste été dégoûtée de l’attitude de plus d’une personne qui se contentait de faire comme si rien ne s’était passé voire de faire des réflexions sur le fait que je n’étais pas très souriante et que j’en rajoutais. C’est vrai, j’ai passé 10 jours à me vider de mon sang et avoir des contractions, forcément j’en rajoute. Des mots qui blessent que je ne digérerais jamais vraiment.
Je crois que le pire est le déni qu’on peut subir face à cette situation. Les équipes médicales qui nous font comprendre que c’est pas grave on en refera un autre et qui considèrent que ce n’est qu’une bagatelle d’expulser ce petit embryon. Les proches qui s’en foutent et croient qu’on en fait des caisses. Les gens qui des mois plus tard pensent que c’est du passé et ont même oublié tout simplement. Après tout, on ne l’a pas connu ce bébé. Je ne l’ai porté que si peu de temps. Il n’existe pas vraiment.
Toutes les femmes vivent cette situation différemment, certaines sont effondrées et d’autres relativisent. Il y a celles qui sont abonnées aux fausses couches et d’autres qui n’en feront qu’une, une de trop. Pour ma part j’étais effondrée et je venais de vivre l’horreur, ça a été insupportable de voir que mes sentiments étaient totalement écartés par autant de personnes. Heureusement, comme je l’ai dit plus tôt, mon chéri a été formidable ainsi que mes proches.

Malgré tout ça, je n’ai pas eu le temps de m’appesantir sur ma tristesse car dès qu’il a été confirmé que tout était terminé j’ai repris le boulot et mes cours. J’étais à 1 mois de passer mon diplôme en prime j’ai donc vite mis de côté ma peine pour me concentrer sur le reste. Faute de bébé, mon chéri et moi avions décidé d’aller de l’avant et nous installer ensemble ce qui rajoutait une distraction de plus.  J’ai vite repris le cours de ma vie mais le sujet restait plus que sensible et j’ai plusieurs fois ressassé tout ce qu’il s’était passé. J’ai toujours la gorge serrée en lisant les récits de Mamanges.
Finalement quelques mois après tout ça nous nous sommes lancés dans nos premiers essais bébé, qui ont vite abouti. Ma grossesse a été pleine d’angoisses les premiers mois, j’avais toujours cette peur de faire à nouveau une fausse couche et la grossesse s’est finalement très bien passée, j’ai à présent un petit garçon merveilleux qui illumine mon quotidien. Mais au fond de moi je suis deux fois maman et je pense encore souvent à ce bébé des étoiles que je ne connaîtrais jamais vraiment.

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Je remercie cette superbe Maman pour son témoignage fort & touchant, et à qui je souhaite une jolie vie de famille, remplie de rires d’enfants.
Autre témoignage : Décès de Bébé après une chute en fin de grossesse.

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