Témoignage : J’ai fait un bébé toute seule

J’ai décidé de faire un bébé toute seule.

Depuis toute petite, être enceinte et devenir mère ont toujours été des objectifs de vie. Je ne suis pas carriériste. Je ne rêve pas de voyages lointains et fous. Je ne tends pas à tenir une position indispensable dans mon milieu social. Non, moi, ce que j’ai toujours attendu, c’est être mère et fonder une fratrie (moi-même issue d’une famille nombreuse).

Seulement voilà, ce que Disney ne dit pas, c’est que trouver l’amour est un vrai calvaire. A l’heure où j’écris ce témoignage, cela fait plus de sept ans que je n’ai pas dit ni entendu « je t’aime ». Pourtant mon désir de maternité n’a cessé de croître.

Il y a plus de quatre ans, alors en pleine dépression et remise en question existentielle, je me suis fixé pour objectif de devenir Maman. J’ai constaté dans mon entourage que chercher un homme avec qui avoir un enfant n’est pas la « bonne » solution.
Pourquoi tenir de tels propos ? Eh bien simplement parce que parmi les parents que je côtoie, tous sont séparés et forment des familles recomposées. Quand on envisage de devenir parent, on ne part pas du principe qu’il y aura une séparation (fort heureusement). Hélas il est rare aujourd’hui de trouver des couples qui tiennent la route et savent continuer à s’aimer et entretenir cet amour sur du long terme. Résultat des courses : bébé voit son papa un weekend par mois et tout le monde est heureux.
Reconnaissons-le : les séparations d’aujourd’hui se passent mieux qu’à l’époque avec les disputes de divorce – les parents savent rester en bons termes pour le bien-être du tout petit, qui vit dans sa normalité sans se poser de question.

Pour la petite histoire, une de mes copines me racontait récemment que sa fille lui a montré une photo de son papa en lui disant « ça serait chouette que je te présente mon père ! ». S’il y a du négatif dans cette histoire (la petite ne sait pas/plus que ses parents se sont aimés), il y a aussi du bon puisque ne pas vivre sous le même toit que ses deux parents n’est pas un problème.

De part ce nouveau mode de vie, j’en ai donc conclu qu’être mère célibataire n’était pas marginal ni grave. Je me suis lancée dans la réflexion pour avoir un bébé toute seule, sans homme… sans père.

Il m’a fallu faire beaucoup de recherches pour connaitre et anticiper les difficultés liées à ce parcours-là. J’ai discuté avec beaucoup de mamans célibataires pour savoir où sont les points sensibles, quels recours elles ont, comment elles envisagent l’avenir, où trouvent-elles leur place de femme dans cette bulle de maternité, etc…. J’ai également échangé avec des psy qui ont pu m’éclairer, m’alerter, me prévenir qu’il était possible que je fasse un transfert trop important vers ce futur enfant. Ils m’ont demandé de réfléchir à mes réelles attentes pour pouvoir les maîtriser et les nuancer (notamment parce que je parlais surtout de faire un enfant pour ne plus jamais être seule).

Je me suis aussi et surtout intéressée aux enfants de parent unique, ou orphelins ( tous adultes ). J’ai pu avoir des témoignages d’individus qui ont grandi dans le déni, le rejet, l’abandon. Ainsi que ceux qui ont dû se battre pour connaitre « toute l’histoire », et accéder enfin aux réponses à leurs questions. Tous ceux-là parlent avec difficulté et douleur, ils étaient les premiers à hurler au scandale quant à mes intentions, et utiliser des mots forts tels que « égoïsme », « immoral » etc et je les comprends puisqu’ils sont tous de grands blessés de la vie, incomplets.
Mais j’ai aussi discuté avec une perle, dans tout ce tas, une jeune femme formidable qui m’a toujours paru épanouie et heureuse. C’est en lui parlant par hasard de mon envie que j’ai appris qu’elle n’a pas de papa. Même si son histoire reste assez floue, elle n’a jamais eu besoin ni envie d’en savoir plus : sa mère a su balayer d’un revers de main ce qui aurait pu être un vide dans sa vie. Elle a été ma lueur ; et grâce à elle et après de multiples choix envisagés, j’ai décidé que j’aurais un bébé seule – mais que cet enfant aurait un géniteur dont je connaîtrais l’identité, et pour laquelle mon petit aurait accès lorsqu’il la demanderait.

Décidée, je me suis entourée de ma famille et de mes meilleurs amis que j’ai pu informer et rassurer sur mes ambitions. J’étais soutenue, voire encouragée, alors il ne me restait plus qu’à trouver ce fameux géniteur. Quel homme accepterait de me faire un enfant, sans forcément interférer dans son éducation et dans sa vie, mais prêt à le recevoir chez lui un jour afin de se présenter ? Et je l’ai trouvé, après beaucoup de discussion et de temps passé ensemble afin de se découvrir et de se faire suffisamment confiance.

J’ai arrêté les traitements médicamenteux lourds, j’ai fait du sport pour perdre du poids et être mieux dans ma peau, je n’ai plus pris la pilule, j’ai dessiné un avenir.
Mais …. Parce qu’il y a toujours un mais… J’ai continué à avoir une vie sexuelle active. Et dans l’intimité de ma chambre, j’ai eu un rapport non-protégé.
Loin de penser à une grossesse étant donné le contexte dans lequel je vivais à ce moment-là (j’hébergeais une amie elle-même enceinte et qui avait besoin de mon aide dans les démarches pour une IVG ), quand les premiers symptômes sont apparus, j’ai pensé que c’était par mimétisme vis-à-vis de cette amie que je porte très haut dans mon cœur.
Il m’a fallu huit jours de retard pour commencer à me poser des questions et faire ce fameux test. Positif ! Et quelle surprise !
Je ne peux évidemment pas mentir et dire qu’il s’agit d’un accident et que je ne m’y attendais pas. On sait très bien ce qu’engendrent des gros câlins avec un homme, surtout sans aucune protection ; et quand au plus profond de soi on a un désir fou de tomber enceinte.

J’ai décidé de garder mon enfant contre l’avis instinctif de l’homme en question. J’ai eu l’occasion de lui expliquer mon projet de vie, le rassurant en lui disant que j’étais prête émotionnellement, physiquement, et matériellement. Nous nous sommes mis d’accord sur le fait de garder son anonymat auprès de ma famille et de mes amis, mais que lorsque ma petite merveille poserait des questions, rien ne serait caché ni tabou.

Aujourd’hui, je suis sereine vis-à-vis de mon histoire. Je n’ai honte de rien, et j’assume tout ce qu’il s’est passé, mes choix ainsi que les responsabilités qui en résultent. Je parle librement de cette aventure folle à mes amis et ma famille, devant mon fils. Mon fils, d’ailleurs, à qui je raconte volontiers notre parcours quand nous sommes seuls – pour que jamais l’annonce de son histoire ne puisse provoquer en lui un choc ni un traumatisme.
De l’éducation que je souhaite donner à Honoré, le point le plus important est celui-ci : faire en sorte que lorsqu’il rencontrera son géniteur, la question qui lui vienne soit « Qui es-tu ? » et non pas que ce soit une avalanche de reproche.
J’ai bon espoir qu’un jour l’Amour se mette de nouveau à me sourire, et que mon fils se découvre un super papa. Parce que, ne nous méprenons pas, un papa n’est pas -que- celui qui a donné le gêne, mais aussi et surtout celui qui occupe et entretien un rôle familial important et quotidien.

Quoi qu’il en soit, j’ai besoin et envie que mon fils grandisse et évolue dans un milieu sain, stable, équilibré, positif, dans l’amour et le respect.

J’ai décidé de faire un bébé toute seule.

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MaudSig

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11 réflexions sur “Témoignage : J’ai fait un bébé toute seule

  1. Valentine dit :

    Bonjour, j’ai 26 ans et suis maman d’un petit garçon de 2 mois. Son père et moi sommes séparés depuis peu. J’ai lu (quasi) tous tes articles et je dois te dire MERCI. Merci pour tes mots qui font du bien et qui m’ont redonné un peu de confiance en moi. C’est pas facile tous les jours et il semblerait que tu t’en sortes plutôt franchement super bien. Je te trouve très courageuse !J’espère réussir à te suivre 🙂
    Bonne soirée et merci encore !!

    Aimé par 1 personne

    • Maud dit :

      Merci beaucoup pour ton message Valentine ! Je suis désolée que tu ne sois plus avec le Papa mais j’espère que vos rapports restent cordiaux et agréables. Elever un enfant seul se révèle être un combat quotidien, contre les autres & contre soi-même. Je te souhaite beaucoup de courage, et tu y arriveras. Bisous doux !

      J'aime

  2. Valentine @tyfii dit :

    Bonjour, j’ai 26 ans, mon fils a très bientôt 2 mois et nous nous séparons sont père et moi. Il n’a pas été toujours très présent depuis la naissance et mes parents ont aussi pas mal pris le relais. Depuis qu’on a pris la décision de nous séparer le moral fait les montagnes russes et je passe mon temps à me demander comment je vais me débrouiller. Hier j’ai découvert ton compte instagram et aujourd’hui ton blog. MERCI ! MERCI MERCI MERCI ! J’ai (quasiment) tout lu et ça m’a fait un bien fou ! Déjà parce que j’ai appris plein de trucs et parce que par tes articles et par tes mots j’ai pu reprendre un peu confiance en moi. Donc MERCI encore pour tes mots qui font du bien 🙂

    Aimé par 1 personne

  3. Natacha dit :

    Je connaissais déjà le gros de l’histoire, mais j’en découvre un peu plus pour le coup 🙂
    Je respecte tout à fait ce choix qui me semble raisonné, je comprends entièrement tes motivations (moi aussi mon chemin de vie c’est ma famille plus que le reste !) et je reste admirative de toi et toutes les mamans solitaires car rien qu’à deux c’est pas simple d’élever un enfant, alors seule j’imagine la force que vous pouvez avoir en vous 🙂

    Aimé par 1 personne

  4. Les_ptits_pouet dit :

    Je te trouve très courageuse car ce ne doit pas être simple d’élever son enfant toute seule ! (Quand mon mari enchaine son boulot avec le sport et donc qu’il n’est pas là de 6h à 22h je trouve parfois le temps long et aurait bien aimé qu’il prenne le relais à quelque moment de la journée ; nous avons un bébé très mignon mais un peu grognon 😅!). Mais je soutiens ton choix et j’espère que bientôt tu trouveras l’amour 😘😘

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    • Maud dit :

      C’était vraiment difficile pour les biberons toute seule la nuit, avec le babyblues. Franchement, heureusement que ma mere était là pour me permettre de souffler un petit peu parce que sinon j’aurai mis plus de temps à me remettre de la chute d’hormone. Merci pour ton mot tout mignon ❤

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      • Noëmie "C'est mon Choix" dit :

        Bonjour,

        Je travaille pour l’émission « C’est mon Choix » présentée par Evelyne Thomas et diffusée sur Chérie 25.

        Nous préparons actuellement un plateau sur les femmes qui décident de faire un enfant seule et votre témoignage est extrêmement intéressant. Accepteriez-vous d’en discuter avec moi ?
        Ma ligne directe au sein de la rédaction : 01 53 84 29 73 et/ou mon mail : noemie.tv@gmail.com

        Excellente journée à vous,

        Noëmie.

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